A propos du malaise des musiciens de jazz et musiques improvisées 26/04/2011

    Oui, il y a bien un réel et profond malaise chez les musiciens de jazz et musiques improvisées, mais il dépasse de très loin les problèmes de personnes, les batailles d'égo, les (non) choix en matière de programmation d'un club - privé - de la rue des Lombards (Paris) ou d'une radio commerciale.

   
    La réaction de Laurent Coq avec son blog (http://revolution-de-jazzmin.blogspot.com) à néanmoins permis de mettre ce malaise en évidence, même si les «cibles» concernées ne sont de mon point de vue pas les bonnes: des structures privées n'ont de comptes à rendre qu'à leurs clients et/ou à leurs actionnaires...
Les seules revendications que nous pourrions mettre en avant auprès de ces structures  ne pourraient être que de l'ordre de la revendication salariale, du respect de la législation du travail ou des conditions de travail

  
C'est bien du côté des collectivités territoriales et de l'État, donc des politiques culturelles, qu'il faut se tourner. Certains d'entre nous parmi les musiciens (pas assez bien évidemment), dont je fait partie, tentons de faire bouger les choses de l'intérieur depuis quelques années en s'investissant dans des structures qui réfléchissent et/ou prennent des décisions en matière de politiques culturelles, mais force est de constater que cette position n'est pas facile à tenir (la position d'artiste au milieu d'administrateurs, d'élus, de techniciens... n'est pas évidente) et qu'en plus nous ne nous sentons pas toujours très suivis ni très aidés par la communauté des musiciens. Ce serait donc bien que ces derniers, y compris parmi ceux qui aujourd'hui s'insurgent (non sans raison) contre leur absence de programmation dans un club de jazz de la rue des Lombards ou  une radio privée soient aussi motivés pour réfléchir, proposer et se battre quand besoin est, collectivement et avec tous les acteurs du jazz et des musiques improvisées, pour une réelle politique en faveur de ces musiques vivantes et bien d'aujourd'hui.

   
Mais il est urgent de prendre aussi en compte le fossé qui s'est creusé entre artistes – publics – médias alternatifs d'un côté et ce que l'on pourrait qualifier d'«élites» culturelles et médiatiques de l'autre. Nous avons de plus en plus l'impression de vivre dans des mondes différents, des mondes qui ne se comprennent plus, ce qui explique aussi la violence des réactions, parfois même très «populistes», voire insultantes, de certains.

  
Notre quotidien nous apporte les preuves qu'il n'y a pas de rejet de nos propositions artistiques de la part de toutes sortes de publics dans toutes sortes de lieux (milieu rural péri-urbain, périphéries des grandes villes, secteur scolaire, cités de banlieue...) mais que, au contraire, elles suscitent un réel intérêt et une adhésion souvent sans réserves. Le seul problème, et il est de taille, est donc bien d'avoir des opportunités de le(s) rencontrer ! Et nous en sommes à créer nous mêmes ces opportunités, faute d'interlocuteurs motivés... C'est à l'heure actuelle surtout le soutien de ces publics en perpétuel renouvellement, en plus de l'ouverture que nous a offert internet, qui nous portent. On serait en droit d'en attendre au moins autant des scènes dont c'est la mission... Or, comme je le soulignais dans un autre article, je constate que nous jouons plus souvent dans des lieux non dédiés au jazz et musiques improvisées, ce qui ne cesse de m'étonner.

   
C'est pourtant bien ensemble que nous devons nous battre pour une réelle reconnaissance de la richesse et de la diversité de nos propositions artistiques, leurs spécificités, et la nécessité d'aider à leur diffusion, de la part de l'État, des collectivités territoriales et des médias. S'en prendre à des individus ou à des structures privées non seulement ne mène à rien mais peut dé-crédibiliser ceux qui ont décidé de se battre pour que la parole des artistes soit enfin prise en compte.


    Oui à des «états généraux» du jazz et des musiques improvisées avec l'ensemble des acteurs concernés, mais dans un esprit constructif et en tenant compte de la parole des artistes, sinon nous retombons dans les mêmes travers.


    La plateforme des acteurs du jazz et des musiques improvisées en Rhône-Alpes : "Jazz(s) RA", expérience unique en son genre à ma connaissance, nous prouve qu'un travail collectif mettant en scène des artistes, des collectifs d'artistes, des organisateurs, des représentants de structures de formations, des responsables de festivals de toutes tailles, est possible et pertinent. Même si tous les problèmes ne se sont pas réglés pour autant, loin sen faut. Le travail mené par les collectifs de musiciens hors région parisienne (que j'ai volontairement quitté il y une dizaine d'années) est également à mettre en avant (cf imuZZic, l'ARFI, le Grolektif ... en Rhône-Alpes)

    Je préfère pour ma part maintenant chercher à inventer avec tous nos partenaires d'autres modes de relations, plus égalitaires, moins "commerciaux" et, surtout, plus en rapport avec les réalités du terrain, plutôt que de continuer à hurler avec les loups dans le désert.

    Bruno Tocanne 26/04/2011